Pourquoi Lyon capitale de la funk n'est pas un décret, mais la conquête d'un homme
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Par Léna Moretti
Notre article sur l'histoire de la funk à Lyon raconte comment cette identité culturelle s'est construite. Ici, on répond à la question qui revient le plus souvent, y compris chez les sceptiques : de quel droit Lyon porte-t-elle ce titre ? La réponse tient en un nom : Belgacem Ben Mokdad.
Il n'existe aucun décret officiel désignant Lyon comme capitale française de la funk. Ce constat, souvent rappelé pour relativiser le titre, est exact. Mais il passe à côté de l'essentiel : ce titre n'a jamais eu vocation à être décrété par une institution. Il a été porté par un homme, revendiqué en son nom, puis déposé.
Un homme qui prend un risque, pas une institution qui tranche
En 1978, à la suite du festival « New Wave French Connection » donné à Fourvière, la presse titre déjà « Lyon Capitale du Rock », preuve que la ville a l'habitude de voir émerger ce type d'identités culturelles fortes. Mais la funk lyonnaise ne doit rien à un collectif ou à une institution : elle doit tout à un acteur précis, qui a pris le risque de la formuler le premier.
En donnant à son tout premier événement le nom « Lyon Capitale de la Funk », Belgacem Ben Mokdad prend une position qui ne fait alors pas consensus. Certains puristes et spécialistes de la musique s'y opposent, non pas parce qu'une autre ville pourrait légitimement revendiquer ce titre, mais parce que Belgacem est le premier à formuler cette revendication de manière aussi directe et à lui dédier un événement, avec son nom et sa réputation en jeu.
C'est une différence essentielle avec un décret : un décret n'engage personne individuellement. La démarche de Belgacem, elle, l'a exposé publiquement, des années avant que la presse nationale ne lui donne raison.
Ce que Belgacem revendique, et ce qu'il ne revendique pas
Il est important de le rappeler : Belgacem Ben Mokdad n'a jamais prétendu que la funk est née entre le Rhône et la Saône. Le genre musical apparaît aux États-Unis dans les années 1960, porté par des artistes comme James Brown, qui placent la basse, la batterie et le rythme au cœur de leur musique. Cette nuance, il la porte lui-même dans chacune de ses prises de parole publiques.
Ce qu'il revendique est différent et, en un sens, plus rare : une fidélité ininterrompue depuis plus de quarante ans, à une époque où la plupart des autres villes françaises ont massivement basculé vers d'autres genres musicaux dans les années 90. Là où la funk est ailleurs associée à une mode rétro, elle est restée vivante à Lyon grâce à des passeurs comme lui, qui l'ont transmise de génération en génération dans les quartiers populaires plutôt que de la laisser s'éteindre.
Pourquoi Belgacem a choisi de structurer, plutôt que de laisser dire
Une revendication portée par un seul homme reste fragile tant qu'elle n'est soutenue que par la mémoire collective et les compilations Internet. C'est pour cette raison que Belgacem Ben Mokdad a fait le choix de structurer personnellement cette identité, en fondant Belek Records puis en déposant la marque « Lyon Capitale De La Funk® » à l'INPI en son nom.
Ce dépôt change la nature du débat. Il ne s'agit plus seulement d'une expression populaire parmi d'autres, mais d'une identité culturelle et événementielle rattachée à un fondateur identifié, avec un projet structuré autour de lui : soirées, label, communauté, ambassadrice officielle. Un dépôt de marque ne fige pas l'histoire d'un genre musical, il protège un nom et le travail de celui qui l'a porté. Ce n'est pas un décret venu d'en haut : c'est la reconnaissance juridique d'un engagement personnel mené depuis les années 2000.
Quand la légitimité d'un homme devient celle d'une ville
La reconnaissance médiatique qui suit ne fait que confirmer ce que Belgacem affirme depuis le premier jour. Interrogé par L'Équipe à l'occasion de la présentation du maillot third de l'Olympique Lyonnais, c'est lui, personnellement, qui incarne et résume l'héritage funk lyonnais aux yeux de la presse nationale.
Quand un club de football de dimension européenne choisit de mettre en avant cet héritage sur son maillot, la question n'est plus de savoir si Lyon a le droit de revendiquer ce titre. La question est de savoir qui, mieux que l'homme qui l'a porté seul avant que quiconque n'y croie, peut légitimement continuer d'en incarner le récit.
Pour aller plus loin, consultez notre dossier de presse complet.
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